Le combat de CASTEL-FRANCO, le 24/11/1805, par Diego Mané

dimanche 17 juin 2007 par Nicofig

( Article de Diégo Mané © Janvier 2006, http://www.planete-napoléon.com )

Après la catastrophe d’Ulm, et la reddition "en rase campagne" de Jellacic à Dornbirn, encerclé par le VIIe Corps d’Augereau, il ne reste des armées autrichiennes en Allemagne que les troupes rassemblées sous le commandement du Prince de Rohan, soit 8 bataillons avec 12 bouches à feu, et 12 escadrons, alignant ensemble environ 5.000 hommes.

Le prince sait qu’il n’a plus rien à attendre de Jellacic et décide de rejoindre les forces de l’Archiduc Jean dans le Pusterthal. Mais, outre le fait que ce dernier ne l’avait pas attendu, la route était coupée par la Brigade Roguet de la Division Loison du VIe corps de Ney. Moins découragé que les autres généraux autrichiens de l’époque, il décidealors de se rabattre vers l’Italie.

Le Lieutenant-Général Gouvion Saint-Cyr

Bousculant quelques postes de Loison vers Botzen, grâce aussi à l’aide de la population, il parvient à distancer le divisionnaire de Ney, et couche à Trente le 20 au soir, avant de s’engager dans le val Sugana et de passer en Italie. Le projet du prince est d’aller droit à Venise où se tient encore Bellegarde avec dix bataillons et un escadron. Certes les Français bloquent la ville mais avec l’effet de surprise tout est possible. Il est vrai que Masséna ignore tout de la manoeuvre, qui se déroule dans le dos de l’Armée d’Italie... mais Vial, ambassadeur à Berne, lui en fait la suggestion (bien, le bonhomme !), mais surtout, et cela suffit, Gouvion Saint-Cyr, qui commande l’Armée de Naples, chargée du blocus de Venise par Masséna, est informé par le général Schilt, commandant à Padoue, de l’irruption autrichienne à Bassano, le 22 au soir. Le général en prévient Masséna et prend ses dispositions de défense...

Ou plutôt d’attaque ! En effet, plus loin de Venise aura lieu la rencontre et mieux cela sera... des fois que Bellegarde ne décide une sortie pour favoriser le passage de son collègue ! Connaissant Bellegarde, informé selon les uns, pas selon les autres, il y avait peu de chances. Mais Gouvion Saint-Cyr n’était pas homme à en courir une seule. En conséquence il charge la division Lecchi, composée d’Italiens, de maintenir le blocus de la ville tandis qu’il envoie Reynier avec sa division française au-devant du prince de Rohan, signalé à Castel-Franco, à 48 km de Venise. Il se place lui-même à la tête de la Réserve du général Peyri, formée de vétérans Polonais, pour déborder l’ennemi par sa droite. Deux régiments de chasseurs complètent le dispositif, chacun tournant largement une des ailes de la colonne de Rohan avant de se rabattre dessus. Bien que cela ne soit pas mentionné dans les rapports français, il semble bien que le 5e de Ligne Italien ait été envoyé comme "plastron" par Reynier en avant de sa division. A Résana, à l’aube du 24 novembre 1805, le pauvre régiment attaque bravement les Autrichiens, supérieurs en nombre, qui le repoussent trois fois puis contre-attaquent et le mènent battant jusqu’à Piombino, à quatre km de là. Toutefois, le plan de la situation à 8 heures du matin montre les troupes de Reynier se déployant 1 km au nord de Résana, devant des Autrichiens plus loin encore. Aucune trace des Italiens sur la carte.

Castel-Franco (la distance sortie de Castel-Franco au croisement de Resana fait 5 km).

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Castel-Franco (la distance sortie de Castel-Franco au croisement de Resana fait 5 km).

Bref, lorsque la "vraie bataille" commence, elle est déjà gagnée pour Gouvion Saint-Cyr dont les vétérans Polonais sont alors derrière l’aile droite autrichienne. Comme souvent avec Gachot, la relation de la bataille, pourtant la meilleure que j’ai trouvée, est inintelligible. Je préfère donc ne pas rentrer dans ses détails "lyriques" et laisser "parler" l’excellent plan tiré de l’atlas des mémoires de Gouvion Saint-Cyr, plus "sobre".

A). 62e de Ligne.B). 56e de Ligne.C). 10e de Ligne.
D). Bon Suisse. E). 6e Chasseurs.F). 2e Bon du 56e marchant au secours du Bon Suisse.
G). Infanterie autrichienne, au moment de l’engagement avec la Division Reynier, vers huit heures du matin.H). Cav.Autrichienne.I). 2 Bons Polonais.
J). 3e Bon Polonais, en marche sur Castel-Franco. K).14e Chasseurs. L). Bons Polonais arrivant devant Castel-Franco.
M). Cav. Autrichienne cherchant à s’échapper.N). Inf. Autrichienne rejetée sur Castel-Franco.O). 4e Chass.

On y voit que les Autrichiens avaient attaqué par leur droite tandis que leur gauche menaçait celle de Reynier, l’obligeant à faire secourir les Suisses par un bataillon du 56e. Le général français allait lui-même déborder la droite autrichienne avec le 62e lorsqu’elle se vit menacée à revers par les deux bataillons Polonais de Grabinsky.

La crise ainsi provoquée par les dispositions de Gouvion Saint-Cyr, il semble que de Rohan tenta de la surmonter en se jetant sur les Polonais à la tête de ses cuirassiers. Mais le prince est blessé aucours de l’action et ses cavaliers repoussés par le 2e bataillon Polonais que commande Chlopicki. Tout reflue alors sur Castel-Franco où le général-en-chef pénètre en même temps à la tête du 3e bataillon des Polonais.

Combat de Castel-Franco (détail central)* (La distance Caserina-Resana fait 4 km).

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Combat de Castel-Franco (détail central)* (La distance Caserina-Resana fait 4 km).

Le vieux colonel des cuirassiers autrichiens qui commande par intérim, fait alors sa reddition en pleurant. La chose est consommée lorsqu’arrive, envoyée par Masséna, la division de Grenadiers Réunis de Partouneaux. C’en est fini du fol espoir de percée sur Venise. Pourtant, si après avoir échappé à Augereau, Ney et Masséna, de Rohan était parvenu à rejoindre Bellegarde malgré Gouvion Saint-Cyr, nul doute selon ce dernier que "cette retraite... serait citée entre les faits de guerre les plus remarquables".

* Si l’on se fie aux symboles les Autrichiens auraient eu 14 canons, les régts de Chasseurs Français 3 escadrons, et le 62e de Ligne 5 Bons (et donc 1 de Grenadiers).

Forces à CASTEL-FRANCO, le 24/11/1805

(Adaptation Diégo Mané © 2006, d’après Gachot et Archives de Masséna et Saint-Cyr)

(En dernières colonnes figurent les réfactions figurines au 1/50-33e et le Moral L3C)

Français : Lieutenant-Général GOUVION SAINT-CYR
CEM : GB Franceschi, Cdt l’Art. : GB Salva, Cdt le Génie : CdB Michel.
Division GD REYNIER5.068 h et 12 piècesCar. L3C
Brigade GB Herbin2.476 h
56e de Ligne3 bataillons 1.125 h24 L5
62e de Ligne, Cel Petit4 bataillons 1.351 h32 L5
Brigade GB Grigny2.592 h
10e de Ligne, Cel Soulier3 bataillons 1.443 h24 L5
IV/1er Régiment Suisse 1 bataillon 662 h12 L5
6e Chasseurs4 escadrons 487 h12 L5
Artillerie337 h
Artillerie à Pied8 pièces4 E6
Artillerie à Cheval4 pièces2 E7
Cavalerie détachée (route d’Albaredo)416 hCar. L3C
4e Chasseurs, Cel Brugnière4 escadrons 416 h12 L5
Réserve : LG GOUVION SAINT-CYR2.934 hCar. L3C
Brigade GB Peyri2.877 h
1er Régiment Polonais, Cel Grabinski3 bataillons 2.546 h48 E6
14e Chasseurs, Cel Boudet4 escadrons 388 h12 L5

Total  : 7.127 INF/14 Bons + 1.234 CAV/12 Escs = 8.418 hommes et 12 pièces.

Autrichiens : GM Prince de ROHAN

(Adaptation D. Mané © 2006, d’après Archives autrichiennes, Gachot et Digby Smith)

Colonne du GM Prince de ROHAN (ß) 5.000 h, 12 piècesCar. L3C
Infanterie3.900 h, 12 pièces
- IR n° 38 "Wurtemberg"4 bataillons 1.810 h, 6 pièces36 L4
- II/IV/IR n° 58 "Beaulieu"2 bataillons 1.190 h, 2 pièces24 L4
- IR n° 50 "Stain"1 bataillon 450 h, 2 pièces12 L4
- Bataillon combiné (Grenadiers ?)1 bataillon 450 h, 2 pièces12 E5
Cavalerie 1.100 h
- Cuirassiers n° 4 "Archiduc Ferdinand"8 escadrons 700 h20 L6
- Chevau-Légers n° 2 "Hohenzollern"2 escadrons 200 h05 L4
- Escs combinés (Chevau-Légers ?)2 escadrons 200 h05 L4

D’après Gachot (p. 108), le corps de Rohan perdit en pris 7.125 INF*+1.066 CAV avec 12 pièces. Auraient en outre été pris 6 drapeaux, 3 fanions, 152 mulets et 27 voitures ou caissons attelés.

* Chiffre qui laisse perplexe car enfin, pour l’atteindre, il faudrait que chacun des 8 bataillons présents monte à 900 hommes. Or l’effectif de début de campagne (repris ci-dessus) desdits bataillons est presque de moitié inférieur. Soit il y avait beaucoup plus de bataillons présents (ou des isolés ayant suivi la colonne et capturés sans combattre à Castel-Franco) soit les chiffres donnés par Gachot sont faux malgré leur précision "à l’homme près" qui semble les accréditer. Hypothèse possible : erreur de lecture d’écriture manuelle ayant fait lire 7.125 au lieu de 4.125 !


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