John Morgan, Le " franc tireur " de la Confédération (1825-1864), par David Coulon

dimanche 13 mai 2007 par Nicofig

John Hunt Morgan naquit le 1 Juin 1825 à Huntsville dans l’Alabama. Lorsque la guerre éclata en 1861, il était marchand de laine à Lexington. L’Etat du Kentucky décida en Septembre de la même année de demeurer fidèle à l’Union et Morgan offrit alors ses services aux Etats confédérées. Vétéran de la guerre du Mexique, il avait en 1857, créé dans sa ville une milice montée les " Lexington rifles " qui furent rassemblés avec deux autres compagnies afin de former " l’escadron Morgan ".composé de moins de 300 cavaliers. Durant l’automne 1861 et l’hiver 1862, il participa à la retraite du Kentucky de toutes les forces rebelles qui s’y trouvaient encore. L’été suivant, il fit campagne avec ses hommes dans le Tennessee et combattit à la sanglante bataille de Shiloh le 6 Avril 1862 ou il se distingua par son audace et sa témérité. Mais le 5 Mai , il fut vaincu et mit en déroute par la cavalerie fédérale à Lebanon. Se battant comme un lion, il parvint à se frayer un chemin à travers la rivière Tennessee et atteignit sain et sauf la ville de Chattanooga. A la fin de l’été 1862, on lui confia un régiment et on le nomma colonel. Cette nouvelle unité, prit le nom de 2e régiment de cavalerie du Kentucky même si elle se composait essentiellement de Georgiens et de Texans. Morgan ainsi que d’autres chefs de cavalerie comme Forrest, avait élaboré de nouvelles tactiques dérivé de ses propres expériences de soldat. Utilisant les conceptions de Dabney Maury en ce qui concernait le combat d’avant-garde, il développa toutes une série de manoeuvre pour les régiments de cavalerie. Basées sur la flexibilité, le but était de pouvoir réagir aux attaques immédiatement même si elles venaient de plusieurs directions à la fois. Mais la cavalerie Américaine n’était pas la cavalerie Européenne et les hommes de Morgan se révélèrent incapables de charger en conservant une formation correcte. En désespoir de cause, Morgan revint à un entraînement plus traditionel et mieux adapté. Il fit de sa cavalerie une infanterie montée. Il s’agissait là d’une véritable innovation dans l’utilisation de la cavalerie car exceptés pour les Dragons, elle combattait à cheval depuis des centaines d’années. Morgan fut le premier officier à équiper ses hommes avec des armes d’infanterie (mousquets, fusils de chasse, revolvers ), les sabres n’étaient gardés que pour le "decorum ". Il réclama pour son régiment deux petits canons Howitzers qui ainsi pourraient suivre ses cavaliers dans n’importe quel type de terrain. Contrairement à la tactique Napoléonienne de la concentration de cavalerie, Morgan préférait dispersé son régiment en petit détachement afin de couvrir une plus grande superficie. Le but était de dissimuler à l’ennemi sa force principale mais ègalement de le tromper sur ses mouvements. Au moment opportun, Morgan regroupait ses forces, fonçait sur un ojectif choisit à la vitesse de l’éclair et après l’avoir détruit, disparaissait aussi rapidement. Lorsque les petits détachements d’éclaireurs l’avaient repérés, ils protégeaient le déploiement du gros de la troupe qui une fois à pied se formait en ligne de bataille en quelques minutes (un homme sur quatre restait à l’arrière afin de surveiller les chevaux). La faible puissance de feu était compensée par une grande mobilité. La plupart du temps, Morgan courageux mais prudent conservait un petit groupe d’hommes en réserve pour protéger ses flancs s’ils s’avéraient menacés, pour exploiter une éventuelle victoire ou couvrir une retraite. Lorsqu’il se repliait, Morgan évitait toujours le combat considérant que le moral de ses troupes était déjà bien éprouvé dans ce genre de marche.

L’armée confédérée était réputée pour être bigarrée et les troupes de Morgan ne faisaient pas exception à la règle. Dans son régiment, on trouvait un certain Basil Duke, son beau-frère, qui deviendra plus tard un politicien et un écrivain de grand renom ; Gordon Niles, éditeur d’un quotidien New Yorkais qui publiera après la guerre les exploits du 2e Kentucky dans un quotidien appelé " The Vidette " ; Tom Boss, un texan qui tua avec une hache trois yankees dans un combat ; le colonel George St Leger Grenfell, un émigré Anglais un peu farfelu, qui se vantait d’avoir participé à des combats contre les Français, les Maures, les Turcs et les Italiens ; George " l’éclair " Ellsworth, chef des opérations télégraphiques qui transmettait de faux messages à l’Union. Avec cette bande pittoresque de 876 hommes, Morgan entreprit son premier raid dans le Kentucky en Juillet 1862 afin de ralentir l’avance du major-général Don Carlos Buell vers Chattanooga. Le 4 Juillet 1862, il quitta Knoxville avec sa troupe, éclairée par une avant-garde de 60 cavaliers. Durant 24 jours, les hommes de Morgan semèrent la panique au Kentucky remportant les combats de Tomkinsville (le 9 Juillet), de Lebanon (le 12 Juillet) et de Cynthiana (le 17 Juillet) puis retournèrent à Livingston le 28 Juillet. Morgan avait parcouru 2000 km, capturant 1.200 soldats nordistes, détruisant des dépots d’armes et de ravitaillement, des lignes télégraphiques en ne perdant que 90 hommes. Ce raid faisait de lui, l’un des plus célèbres cavaliers de la Confédération avec Jeb Stuart. Son audace, sa témérité sa gallanterie, ses compétences étaient partout reconnu et appréciés mais le supérieur de Morgan, le major-général Braxton Bragg n’aimait pas les aventuriers et il lui donna l’ordre de demeurer avec l’armée du Tennessee afin d’éclairer ses mouvements au lieu de faire des raids qu’il jugeait complètement inutile du point de vue stratégique. Morgan dut passer l’automne et l’hiver 1862/1863 dans d’interminables opérations de routine qui l’ennuyèrent profondément. A l’été 1863, le brigadier-général John Morgan maintenant à la tête d’une division de cavalerie depuis Décembre 1862, demanda l’autorisation à son supérieur d’effectuer un nouveau raid au nord de la rivière Ohio. Bragg accepta et lui donna l’ordre de se rendre dans le Kentucky et de revenir par l’est du Tennessee afin de défendre cette région contre d’éventuelles attaques fédérales. Le 1e juillet 1863, avec deux brigades (environ 2460 cavaliers), Morgan se dirigea vers le nord et rencontra une patrouille de cavalerie yankee qu’il mit rapidement en fuite près de Burkesville. Le jour suivant, il traversa la rivière Cumberland à l’aide de canoes mais il fut aussitôt repéré sur l’autre rive par les troupes fédérales et des combats d’escarmouches s’ensuivirent qui tournèrent rapidement à l’avantage des sudistes. Quelques jours plus tard, Morgan eut la désagréable surprise de constater que les Fédéraux au courant de son raid avaient fortifié toutes les villes. Au passage de la Green river, Morgan invita courtoisement le colonel Orlando Moore et son 25e régiment du Michigan à déposer les armes mais l’officier nordiste répondit que le jour (on était le 4 juillet) était mal choisit pour une reddition. Le combat qui eut lieu ensuite coûta 71 hommes à Morgan et il fut repoussé.

Ayant trouver un autre passage, Morgan attaqua le 5 juillet 1863 la garnison fédérale de Lebanon et après six heures de violents combats contre 380 yankees, s’empara finalement de la ville. Continuant sa route, il traversa la rivière Ohio à Brandenburg le 7 Juillet détruisant les voies ferrés mais la ville de Corydon dans l’Indiana résista. Le gouverneur de cet état, décida de lever une force de 6.000 miliciens et en confia le commandement au brigadier-général Lew Wallace (le futur auteur de Ben-Hur) afin de poursuivre et de capturer Morgan et ses insaisissables rebelles. Ayant apprit qu’Indianapolis, capitale de l’état était fortifiée, Morgan évita la ville et se dirigea vers l’Est dans l’espoir de prendre une petite bourgade mais ses hommes et lui en selle depuis 21 jours étaient épuisés. Ne pouvant ni se reposer, ni trouver des chevaux frais, Morgan continua sa marche dévastatrice dans l’Ohio mais poursuivit par une armée fédérale, il tenta, le 18 Juillet de traverser la rivière Ohio près de l’île de Buffington. Prit en tenaille entre la cavalerie nordiste et la rivière en crue, Morgan tenta de s’enfuir vers le Nord le 19 Juillet 1863 mais ce fut le désastre. Pendant que sa première brigade traversait la rivière, elle fut attaquée par surprise et les confédérés perdirent 704 cavaliers. Morgan réussit à s’échapper mais il ne disposait plus que de 800 hommes environ. Pendant une semaine il chevaucha à bride abattue pour échapper à ses poursuivants mais fut finalement capturés par des miliciens le 26 Juillet 1863 près de Salinesville. Morgan fut incarcéré au pénitencier de Colombus, mais il s’en échappa et de retour chez ses compatriotes, on le nomma responsable du département de la Virginie du Sud-Ouest. En Septembre 1864, John Hunt Morgan établit son bivouac à Greenville mais il y fut surpris par un petit détachement de cavalerie nordiste. Le combat fut rapide et Morgan fut tué dans le jardin de la maison ou il dormait. Il fut enterré à Lexington.


Accueil du site | Contact | Plan du site | Espace privé | Statistiques | visites : 257372

Site réalisé avec SPIP 1.9.2a + ALTERNATIVES

     RSS fr RSSSécession RSSArticles   ?

Creative Commons License