Alexandre et les livres, par Fredthegreat

dimanche 13 mai 2007 par Nicofig

cette courte biblio sans prétention autre que donner envie de lire a été publiée sur la liste Classicfig

Plusieurs siècles après sa mort, Alexandre fait encore rêver les hommes et chaque année voit l’éclosion de thèses plus ou moins novatrices sur le conquérant. Ce qui demeure, c’est que les sources pour comprendre cette époque restent peu nombreuses, et surtout guère fiables (surtout les sources écrites par des historiens de l’antiquité : Arrien, Plutarque, Quinte-Curce, ces historiens se seraient basés sur les récits des contemporains d’Alexandre, Callisthène et Ptolémée, qui ont depuis disparu). Les archéologues tentent de compléter nos connaissances, mais leurs théories sont parfois insuffisantes. Le nom d’Alexandre reste encore nimbé de mystères (et sa mort n’est pas des moindres). Cela laisse libre cours à l’imagination des auteurs. On peut citer :

- La trilogie de Valerio Manfredi : Le fils du songe/ Les sables d’Ammon/ Les confins du monde, chez Pocket.

Il s’agit d’une saga complète sur la vie d’Alexandre, de sa naissance à sa mort, avec une analyse psychologique relativement fine des personnages qui l’entourent (Olympias et Philippe, ses parents, et les « compagnons », futurs diadoques-successeurs). Le scénario est parfaitement maîtrisé et la quasi-totalité des épisodes classiques de la vie d’Alexandre sont retranscrits sans (trop) tomber dans la légende laudative. L’auteur parvient à rendre compte de la multiplicité des facettes des personnages en respectant même une certaine vraisemblance compte-tenu des sources. Il manifeste même le souci de « coller » aux valeurs culturelles des civilisations de l’époque (telles que nous pouvons encore les percevoir). Bien sûr, il y a quelques petites incongruités historiques (du genre : « …Et à ce moment de la bataille, Alexandre saisit sa hache à double tranchant qui était attachée à son étrier… »). Mais bon, ne boudons pas notre plaisir : un condensé clair et bien écrit des épisodes de la vie d’Alexandre, plein de batailles et de sièges (on s’en serait pas douté), des personnages très forts, c’est à lire ! J’avoue que j’ai dévoré l’ouvrage jusqu’à des heures indues, car même si on connaît déjà la fin, on est entraîné sur les pas du conquérant.

La trilogie puis la quadrilogie de David Gemmell : D’abord publiée chez Mnémos en 3 tomes : Le lion de macédoine/ Le prince noir/ L’esprit du chaos Ensuite publiée en 4 tomes chez Folio : L’enfant maudit/ La mort des nations/ Le prince noir/ L’esprit du chaos

David Gemmel est plus connu pour ses romans d’héroic-fantasy (Légende). Il s’attaque ici à l’histoire antique, mais il y mêle en filigrane une lutte manichéenne entre gardiens de l’ordre céleste et prêtres du chaos. Voilà qui devrait intéresser tous nos amis qui ne jurent que par le fantastique. Autant le dire, cette alliance de l’histoire et de la fantasy est assez réussie, et se laisse lire avec grand intérêt. En gros, l’histoire se focalise non sur Alexandre, mais sur Parménion, qui fut son principal général et mentor (même si les sources nous disent que lorsque Parménion donnait son avis, Alexandre le dédaignait en faisant de gros sous-entendus sur l’âge avancé de son général, ah ces jeunes, aucun respect pour la vieille garde !). Les sources sont pratiquement muettes sur la biographie de ce personnage. On sait juste qu’il aida Philippe, le père d’Alexandre, à réorganiser l’armée macédonienne. David Gemmel en profite pour imaginer un destin hors du commun pour son héros. Parménion est d’abord élevé à la dure à Sparte au temps de la splendeur de la cité, mais il est détesté à cause de ses origines métisses (les spartiates n’étaient guère réputés pour leur ouverture d’esprit). Très vite, Parménion est remarqué par la sorcière locale en communication avec les dieux, qui pressent son destin. C’est elle qui provoque les persécutions puis l’exil de Parménion pour l’endurcir. Elle fait également en sorte de briser son amour pour la belle Derae (qui, comme par hasard fait partie d’une des plus hautes familles lacédémoniennes et se trouve la sœur de l’ennemi juré de Parménion… on nage dans le jamais vu…). Parménion s’enfuit et part guerroyer au loin ; Derae, de dépit, se fait prêtresse-sorcière et apprend à communiquer avec les dieux. Parménion se venge ensuite de sa cité d’origine en louant ses services à Thèbes. Grâce aux stratagèmes de Parménion, Sparte est battue à Leuctres. Parménion devient alors le « stratégos », et « la mort des nations ». Sa vengeance assouvie, mais toujours malheureux, Parménion prend sous son aile Philippe, le jeune roi de Macédoine et l’aide à bâtir une armée. Derae aide de ses pouvoirs mentaux son bien-aimé, car le projet politique de Philippe, unifier la Grèce, contribue à éviter les guerres et à chasser le chaos. Mais l’esprit du chaos ne rêve que d’apporter la guerre sur la terre. Il pourra le faire s’il s’incarne. C’est ce qui advient avec la naissance d’Alexandre, le « prince noir » : néanmoins cette incarnation est incomplète car Parménion a réussi à l’entraver (en gros c’est lui le père d’Alexandre, je vous passe les détails…). Par la suite, Parménion s’efforce d’éviter que le « côté obscur » d’Alexandre ne se réveille. C’est pourquoi il l’éduque puis l’accompagne dans ses conquêtes. Gemmel imagine que cette schizophrénie mystique permet d’éclairer sous un autre jour les actions militaires d’Alexandre : un mélange entre comportement chevaleresque et cruauté bestiale. Finalement, le côté obscur prend possession d’Alexandre à cause du sang coulé : le roi finit par faire tuer Parménion, sans qu’il ait jamais su que c’était son propre père (comme quoi les trilogies fantastiques où on découvre qu’il faut tuer son père, c’est très courant… le complexe d’Œdipe a bon dos !).

- Un classique pour les wargamers : Alexander the great ; his armies and campaigns, chez Osprey.

Il s’agit de la réunion de 2 ouvrages parus chez Osprey : le campaign sur Alexandre (334-323 av JC) et le men-at-arms consacré à l’armée d’Alexandre. Autant le dire, les deux parties de l’ouvrage ne se valent pas. John Warry, qui a écrit le campaign, décrit de manière très resserrée « l’anabase » d’Alexandre (voyage-conquête vers l’orient, pour les incultes). Il s’attache à quelques grands moments (Batailles du Granique, Issos, Gaugamèles, Hydaspes, et le siège de Tyr). Mais l’aspect critique des sources est absent (Warry préfère donc ne pas se mouiller et affirme qu’il y avait bien ½ million de combattants perses à Gaugamèles…), et la description des troupes est sommaire. En gros, cet Osprey a bien vieilli et ne fait guère de place aux apports récents de l’archéologie. La partie de Nick Sekunda est bien plus intéressante. Sekunda est un des principaux spécialistes de l’histoire antique dans cette collection. Il a un vrai souci de rappel des sources pour établir les équipements et les tactiques des troupes d’Alexandre. Un seul regret : tout cela reste bien court. Néanmoins, les Osprey restent une base précieuse pour le wargamer qui souhaite des informations précises sur les uniformes.

Un outil précieux, à utiliser avec un regard critique : Victor Davis Hanson, Les guerres grecques (1400-146 av JC), Atlas de la collection Autrement.

Comme l’écrit Lô, les ouvrages de cette collection sont en général très bien écrits, et associent illustrations variées, cartes claires et textes issus des travaux de grands historiens (malheureusement toujours anglo-saxons, ce qui est dommage car les recherches des Français ne sont pas à dédaigner). L’ouvrage de Victor Davis Hanson m’a paru assez inégal, et les partis pris de l’auteur y sont sans doute pour quelque chose. C’est toujours très amusant de voir des historiens de l’antiquité essayer de régler des comptes avec on ne sait trop qui, puisque tous les personnages sont morts depuis belle lurette. Toujours est-il que Hanson s’attaque frontalement à tous les historiens qui sont encore sensibles à l’image positive d’Alexandre (conquérant mais aussi protecteur des arts, et artisan d’une fusion des cultures hellénique et orientale). Les pages consacrées au roi de Macédoine sont sans doute parmi les moins objectives, puisque Hanson cherche à faire d’Alexandre le premier auteur de génocides de l’humanité (rien que ça). Les illustrations ne sont pas non plus les mieux choisies. Je me demande pourquoi un auteur qui rejette la tradition « favorable » à Alexandre s’est complu à reproduire les dessins des illustrateurs du XIXe siècle (bien peu historiques : allons y pour les hommes en jupettes…), qui dépeignent tous Alexandre de manière héroïque. Quitte à rester critique, autant montrer des photos de fresques, de monnaies ou de statues… Bon, les premiers chapitres sont quand même plus intéressants, notamment sur ce qu’on appelle la « révolution hoplitique », c’est-à-dire le passage des combats entre aristocrates (type Iliade) aux batailles rangées de soldats-citoyens (type Hérodote-Thucydide). Ce qui gène là encore, c’est le parti pris de l’auteur qui a tendance à magnifier cette dernière forme de guerre car plus « démocratique » et moins « sanglante » (là, j’ai des doutes). Comme quoi, même après plusieurs siècles, Hanson a réussi à capter l’attitude « c’était mieux avant » des Grecs anciens.

- Un spécialiste français d’Alexandre : Pierre Briant

Pierre Briant est un des meilleurs spécialistes français sur Alexandre le Grand et le monde hellénistique (comme on appelle traditionnellement la civilisation grecque après la mort d’Alexandre et jusqu’à la conquête romaine). Ses ouvrages sont clairs et font le point sur les avancées récentes de l’archéologie. Les sources sont décortiquées, et le tout reste très agréable à lire.


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