Chotusitz, 17 mai 1742, par Youenn Michel

samedi 28 avril 2007 par Nicofig

Les raisons d’une guerre

Frédéric II, né en 1712, avait 28 ans lorsqu’il succéda à son père Frédéric-Guillaume Ier (le « roi sergent ») sur le trône de Prusse. Mort à la fin du printemps 1740, son père lui léguait une armée magnifique, nombreuse, convenablement financée, et bien entraînée. Frédéric-Guillaume avait cependant confiné cet instrument aux parades, en pratiquant une politique extérieure timorée, alignée sur le grand voisin : l’Empire Habsbourg. Récemment encore, en 1738, une querelle de succession pour certaines principautés en Allemagne avait démontré le statut mineur de la Prusse sur l’échiquier européen. Nominalement, la Prusse ne faisait pourtant pas partie de l’Empire romain germanique dominé par les Habsbourg depuis trois siècles, car le duché de Prusse (capitale Koenigsberg, actuelle Kaliningrad en Russie) se situe en dehors de l’Empire. Mais les rois de Prusse sont aussi électeurs de Brandebourg (capitale Berlin) et détenteurs de plusieurs petites principautés dans l’Allemagne morcelée de l’époque. Ils doivent donc allégeance à l’empereur, tout en étant des souverains. Une telle situation ne manque pas de receler des tensions, surtout si on ajoute le facteur religieux (les Habsbourg sont les champions du catholicisme, les Hohenzollern du calvinisme et du protestantisme en général). En octobre 1740, soit quelques mois après la mort de Frédéric-Guillaume de Prusse, décédait également l’empereur Charles VI. Sans héritier mâle, celui-ci avait prévu quelques années avant de mourir de transmettre toutes les possessions des Habsbourg (y compris la couronne impériale) à sa fille aînée : Marie-Thérèse. Charles avait donc fait ratifier par les grandes cours européennes un texte, la « Pragmatique Sanction », par lequel les princes devaient reconnaître les droits des Habsbourg à transmettre leurs possessions en ligne directe. Mais, après la mort de l’empereur, les appétits des puissances européennes se réveillèrent, et ce d’autant plus que l’héritière Marie-Thérèse avait une réputation de frivolité et de légèreté. Frédéric II, lui, était anxieux que d’autres puissances ne commencent à « effeuiller l’artichaut autrichien », comme on disait avec esprit à la cour de Versailles, et que la Prusse perde une chance unique d’accroissement territorial.

Il paraît certain que la Prusse préparait, depuis l’avènement de son nouveau roi, une politique d’agression, et, pour ce faire, l’armée avait encore été accrue de quelques nouveaux régiments. Comme en 1756, en 1806, en 1914 et en 1939, la Prusse, se croyant entourée d’ennemis ambitieux, profita d’une situation de faiblesse d’un voisin pour l’attaquer sans déclaration de guerre. Frédéric II inaugure la politique « d’agression préventive » de sinistre mémoire. Certes, Frédéric II aurait pu tourner ses armes vers l’Ouest, contre la France, car la Prusse possédait de petits territoires sur le Rhin (Juliers et Berg, et une partie de la Frise) et les Prussiens avaient déjà servi contre les armées du Roi Soleil durant la guerre de succession d’Espagne (1703-1714). Mais la France était le royaume le plus fort du continent, et sa population dix fois supérieure à celle de la Prusse. C’était une mauvaise idée. Par contre, se tourner vers l’Est présentait des avantages car l’héritière Habsbourg était faible et isolée. Une province était tout particulièrement tentante : la Silésie, riche en minerais divers, fertile, et par dessus le marché ses habitants étaient en majorité protestants. Ne nous faisons pas d’illusions : tous les voisins de l’Autriche convoitaient ses possessions. Le Piémont et l’Espagne souhaitaient reprendre la Lombardie et Naples en Italie ; la Saxe convoitait la Bohême et la Silésie ; la France regardait vers son champ de bataille favori : les Pays-Bas autrichiens (Belgique actuelle) ; et l’électeur de Bavière pensait qu’une couronne impériale ferait bien dans son palais de Munich. L’équilibre européen était menacé par la faiblesse supposée d’un seul de ses membres.

Dans ce contexte, Frédéric II gagna tous ses concurrents de vitesse en envahissant la Silésie le 16 décembre 1740. Songeant à César, il écrivit à son ministre, le comte Heinrich von Podewills : « J’ai franchi le Rubicon, au son du claquement des drapeaux et des battements de tambours. Mes troupes sont enthousiastes, mes officiers ambitieux, nos généraux n’ont que le mot gloire à la bouche ; tout s’accorde à nos souhaits, et j’ai eu raison d’attendre tout le bien possible de cette entreprise ».

Le début de la campagne de Silésie

La Silésie fut prise complètement par surprise, sa frontière n’était même pas gardée. La population fut globalement passive, malgré les efforts de Frédéric pour se faire passer pour le défenseur de la cause protestante. L’invasion démontra les qualités des troupes prussiennes, mais l’inexpérience du commandement. A part les maréchal Schwerin et Léopold d’Anhalt-Dessau, aucun général n’avait commandé au feu. Frédéric II lui-même fut imprudent dans ses opérations. Il utilisa l’Oder comme ligne de communication, mais sans vraiment la sécuriser. Il perdit du temps à faire tomber quelques forteresses. La poliorcétique prussienne était encore plus déficiente que le commandement. Les Prussiens eurent bien du mal à prendre des forteresses très anciennes, que les Autrichiens avaient laissé presque à l’abandon puisqu’aucun ennemi ne s’était présenté sur cette frontière depuis au moins un siècle. Marie-Thérèse d’Autriche allait bientôt montrer une résolution et un caractère qui démentaient les rumeurs. Elle chercha et trouva des alliés (les Britanniques, les Hollandais) et sollicita des appuis (les Russes firent des promesses, mais les révolutions de palais empêchèrent l’engagement). L’héritière Habsbourg rameuta les troupes qui servaient sur la frontière turque, essaya de remonter leur moral et ordonna une contre-offensive. Les troupes disponibles n’étaient malheureusement pas nombreuses, car il fallait se prémunir d’une attaque venant de Bavière. Le comte de Neipperg emmena néanmoins une force couper la ligne de communication prussienne. Il s’appuyait sur les quelques places fortes restées aux mains des « Pragmatiques », notamment Brieg dans le sud de la Silésie. Le manque d’éclaireurs ne permit pas aux Prussiens d’anticiper cette attaque. Ils durent donc rebrousser chemin et entreprendre une délicate bataille « à front renversé », près de Brieg, à Mollwitz (10 avril 1741).

Le combat fut long et décousu, mais démontra les qualités de l’infanterie prussienne. Fort heureusement, les deux commandements firent autant de fautes. Frédéric fit ainsi mettre en ligne ses troupes très loin avant d’atteindre l’ennemi, ce qui fatigua ses troupes et l’empêcha de marcher par surprise sur Neipperg. Celui-ci avait cantonné ses troupes dans 3 villages, mais n’avait pas pris la précaution de dresser quelques ouvrages de défense. Il accepta la bataille défensive alors que sa stratégie était de venir chercher une décision en attaquant les Prussiens. Les troupes démontrèrent des qualités très variées. Les cavaliers prussiens, mal commandés, mal entraînés, se débandèrent face à une cavalerie autrichienne plus agressive. Les fantassins autrichiens ne parvinrent pas à conserver leur cohésion durant le combat. Ils furent si impressionnés par la discipline de feu prussienne qu’ils perdirent toute initiative : les lignes et les unités se mêlèrent, ne firent que subir le feu, et finalement ne bougèrent que lorsque la retraite fut ordonnée. Pour son baptême du feu, Frédéric II s’enfuit, peut-être entraîné par ses cavaliers débandés, ou sur la recommandation de son état-major. Ce n’est que dans un village à quelques kilomètres de Mollwitz qu’il apprit que la discipline de ses fantassins lui avait assuré la victoire. Bref, une entrée pas très brillante dans le panthéon des grands capitaines, mais une indéniable démonstration de la qualité du Drill (l’entraînement à la prussienne).

L’année 1741 se poursuivit en âpres négociations. Les Autrichiens se retirèrent de Silésie, mais n’abandonnaient pas du tout l’espoir d’y revenir. La cour de Vienne n’acceptait pas la perte d’un joyau des domaines Habsbourg, même si la coalition qui se montait contre elle devenait de plus en plus dangereuse. L’année 1742 allait le démontrer. Les coalisés décidèrent de porter la guerre directement dans les possessions Habsbourg. Néanmoins, l’optimisme déclenché par les premières victoires et les méfiances réciproques entre souverains empêchèrent une coordination des opérations. Les deux pinces de l’attaque (les franco-bavarois d’un côté et les Prussiens de l’autre) décidèrent de marcher sur la périphérie de l’empire Habsbourg plutôt que sur Vienne. Les premiers attaquèrent la Bohême, les seconds la Moravie. L’étirement des lignes de communication et les attaques des troupes légères « pragmatiques » réduisirent bientôt la double attaque comme peau de chagrin. La campagne de 1742 semblait mal tourner pour les coalisés. Frédéric II le sentit et souhaitait ardemment qu’une bataille rangée vient corriger cette désagréable impression.

Les opérations avant la bataille

Chotusitz a été livrée le 17 mai 1742 au centre de la Bohême, après que le roi ait évacué la Moravie et retiré ses troupes à Czaslau, Chrudim et Leitomischl. Il s’était décidé à se rapprocher de ses deux subordonnés et de leurs forces : 4 bataillons, 4 régiments de cavalerie du Prince Léopold d’Anhalt-Dessau et les 8 bataillons, 4 régiments de cavalerie du Prince héritier Léopold. En tout, ses forces se montaient à 35 bataillons, 70 escadrons soit 23 500 hommes. Depuis le 4 mai, l’armée autrichienne était annoncée venant de Moravie et marchant vers Deutschbrod et Prague. Cette armée était commandé nominalement par le prince Charles de Lorraine, jeune beau-frère de Marie-Thérèse, mais c’était davantage le maréchal Königsegg, plus expérimenté, qui conservait les rênes. Le roi décida de faire face à l’ennemi, après l’échec des négociations de paix avec l’Autriche. « J’ai décidé de mener la guerre avec la plus grande fermeté afin de réduire la cour de Vienne au point d’humiliation nécessaire ; j’en ai beaucoup de contrariété, mais je ne vois pas d’autre moyen », écrivait-il avec un certain cynisme. Le roi sépara son armée et marcha avec un tiers de ses forces sur Kuttenberg ; le Prince héritier d’Anhalt-Dessau devait ravitailler ses troupes et ensuite suivre pour bloquer la route vers Kuttenberg depuis les hauteurs entre Czaslau et Chotusitz et couvrir le flanc du roi. Le 16 mai les Autrichiens avaient déjà pris Czaslau et menaçaient le flanc du Prince héritier. Celui-ci comprit qu’il fallait impérativement bloquer le défilé entre l’étang de Cirkwitzer et Chotusitz, et fit occuper l’endroit par l’IR (régiment d’infanterie) n°24. Le roi ne prévoyait pas l’attaque du Prince Charles de Lorraine, mais voulait attaquer lui-même le 18 mai. Si les Autrichiens avaient attaqué dès le 16 mai, soit le Prince héritier aurait été séparé du roi, soit l’armée prussienne aurait été chassée de la route de Prague. Mais Königsegg perdit la chance de détruire le corps du prince héritier d’Anhalt-Dessau, et il laissa aux troupes du roi le temps de rebrousser chemin. Après 18 heures de marche dans la chaleur, la poussière et dans un terrain vallonné, les régiments prussiens du corps du roi étaient extrêmement fatigués. Tandis qu’ils se rendaient au camp, les Autrichiens se mirent finalement en route afin de les surprendre lors d’un assaut nocturne.

Le terrain sur lequel se joua la bataille comprend dans la direction Nord-Sud deux hauteurs, qui déclinent vers le défilé entre Cirkwitz et Chotusitz ; il est délimité à l’Est par la dépression marécageuse de Brslenka et à l’Ouest par le ruisseau Klenarka et une suite d’étangs. La vallée de Brslenka avait une largeur de 300 m et une profondeur de 5 m, avec des bords abrupts. Son cours offrait une position de défense avantageuse entre Sehuschitz et Czaslau. Les deux ponts à la bordure Nord de Czaslau pour les routes de Kuttenberg et de Chotusitz étaient massifs, en pierre. L’étang de Cirkwitz constituait à l’époque une grande étendue d’eau, bien adaptée comme appui. Chotusitz était un village, qui possédait à l’époque une rue principale de 50 m de large bordée de maisons des deux côtés. Mais à part dans le cimetière, il n’y avait guère d’obstacle. Chotusitz était donc inadapté à la défense. La maîtrise des hauteurs était la véritable clé du champ de bataille. L’armée autrichienne, divisée en deux colonnes, s’était mise en route à 19h30. Mais elle rencontra des difficultés, si bien qu’elle ne fut rassemblée avec ses dernières unités qu’à 4h du matin, au sud et au sud-est de Czaslau. En tout les « Pragmatiques » comptaient 16 500 hommes d’infanterie, 8 200 cavaliers, 3 300 hussards et croates avec 40 pièces d’artillerie. Leur marche s’étira jusqu’à jusqu’à 7h30, avant que le Prince Charles ne puisse lancer l’attaque. Néanmoins, malgré les retards, les Autrichiens occupèrent les positions clés sur les hauteurs, et dominaient donc le camp prussien en contrebas. En cette heure matinale, les Prussiens se préparaient au combat. Le Prince héritier Léopold poussa la cavalerie de l’aile droite pour couvrir les rives de l’étang de Cirkwitzer, afin de gagner de la place au centre et de menacer le flanc de l’ennemi. Il fit avancer l’aile gauche de la cavalerie sur le terrain plus ferme au sud du jardin zoologique de Sehuschitz, et ordonna à Jeetze de se déployer au nord-est de Chotusitz et à Kalckstein à la limite nord de la dépression Est-Ouest. Quand les Autrichiens arrivèrent, le roi entrait au même moment sur le champ de bataille avec un renfort de 8 huit bataillons, 10 escadrons.

La bataille

La cavalerie autrichienne avait déjà avancé à 2 000m de la ligne adverse. L’artillerie prussienne ouvrit le feu, mais ne pouvait guère entamer des cavaliers protégés par les hauteurs. C’est pourquoi le roi ordonna à l’aile droite de Buddenbrock d’attaquer, bien que l’infanterie sous les ordres de Jeetze venait à peine d’atteindre la limite nord de Chotusitz.

Comme les Autrichiens se concentraient avec le centre et l’aile droite en direction de Chotusitz, le choc des 20 escadrons de cuirassiers sous les ordres de Gessler, suivi des 10 escadrons de dragons du Comte Rothenburg percuta massivement et par surprise l’avant-garde autrichienne et l’aile gauche de sa cavalerie, principalement les régiments Liechtenstein, Württemberg, Podstazky et le régiment de dragons Philipert. Les cavaliers « pragmatiques » furent pris de front et de flanc et se débandèrent. L’avantage de ce premier succès fut de gagner de l’espace et du temps pour l’avancée de l’infanterie des Prussiens au sud-ouest de Chotusitz. Mais avant que les escadrons prussiens ne se soient à nouveau rassemblés pour une seconde attaque, la deuxième ligne autrichienne (les cuirassiers de Palffy et de Birkenfeld avec les dragons de Diemar) conduisit une contre-attaque de façon désordonnée, de sorte que le combat se transforma en corps à corps acharné entre les centaures des deux camps. Cependant, le Comte Rothenburg avec ses dragons et cinq escadrons du régiment de 1er hussards, qui venaient juste d’arriver de Kuttenberg, arriva inopinément sur les régiments d’infanterie de Charles de Lorraine, Moltke et Thüngen. Mais des hussards autrichiens, probablement les régiments Desswffy, Karolyi et Pestvarmegyi, attaquant par surprise, forcèrent les dragons à se tourner vers eux. A la fin, 35 escadrons prussiens combattaient dans une mêlée sauvage contre 42 escadrons autrichiens et de hussards. Les « pragmatiques » ne prirent le dessus qu’après plusieurs heures de combat. Au même moment apparurent les cavaliers de l’aile gauche prussienne (les régiments de cuirassiers 2, 12 et 7), qui avaient enfoncé l’infanterie autrichienne et avaient percé tout le dispositif autrichien. Mais ce renfort contribua juste au désordre. La cavalerie des deux camps n’était plus en état de combattre. L’heure était venue aux infanteries d’en venir aux prises. Autour de Chotusitz, derrière lequel les régiments de dragons 7 et 5 de Werdeck avaient été repoussés, 10 bataillons prussiens sous le commandement du Prince héritier Leopold étaient engagés dans un difficile combat d’infanterie contre l’attaque principale de l’ennemi (en particulier les régiments Waldeck, Leopold Daun, Starhemberg et aussi François de Lorraine, soutenus par une forte artillerie). Grâce à l’engagement des réserves prussiennes sous le commandement de Wedel, il fut possible de tenir le village jusqu’à ce que des grenadiers et des croates, en encerclant par l’Est, avancent jusqu’à la principale artère et qu’un violent combat de rue éclate. Les combats mirent le village en flammes. Le désordre se développa des deux côtés, la discipline de feu des Prussiens ne pouvait même plus faire effet. Après des pertes considérables, Königsegg parvint vers 9 heures à repousser les Prussiens aux limites ouest et nord de Chotusitz, en ayant tout de même engagé presque toute son infanterie.

De leur côté, les Prussiens disposaient encore de réserves. L’aile droite de l’infanterie sous le commandement du Roi, avec 21 bataillons frais, était restée à couvert dans la cuvette. L’heure était à l’engagement. Le Roi avait suivi le déroulement avec impatience et avait vu l’infanterie autrichienne s’étirer vers Chotusitz, la cavalerie disparaître de même, de sorte qu’il ne restait plus devant le front que des débris de l’infanterie ennemie. Le Roi donna alors l’ordre d’attaquer à 10h30, d’abord 600m tout droit à travers la cuvette vers la limite nord de l’autre plateau et ensuite en obliquant à gauche avec l’ensemble de la ligne, de manière à prendre de flanc les restes de la ligne autrichienne. Les canons « à la suédoise » faisaient feu dans les intervalles. « Au bout d’une heure de grande tension, l’heure décisive était venue » rapporte le bulletin de l’état-major. L’avancée des Prussiens prit totalement au dépourvu les Autrichiens, qui croyaient toujours être les attaquants. Avant d’être encerclés et poussés dans la dépression de Chotusitz, le Prince Charles de Lorraine et le Feldmarshall Comte Königsegg ordonnèrent la retraite. Elle fut couverte par le Major général Roth avec les dernières réserves (les régiments d’infanterie Harrach, Marshall et Jung-Königsegg). Les reliquats de l’aile gauche prussienne se rassemblèrent pour une contre-offensive, et revinrent baïonnette au canon. Les vainqueurs, épuisés, reprirent totalement Chotusitz à 11h. Ce n’est qu’en début d’après-midi qu’ils occupèrent Czaslau et prirent position à 5km de là au sud-est. Le Roi nomma le Prince héritier Leopold Feldmarshall sur le champ de bataille. Malgré les reproches que Frédéric II devait lui adresser bien des années plus tard, dans ses mémoires, en le rendant responsable de la quasi surprise de son corps par l’ennemi, le prince héritier d’Anhalt-Dessau avait en réalité sauvé l’armée par ses appels au roi la veille de la bataille. Surtout, le prince Léopold avait réagi avec vigueur en décidant de reprendre immédiatement la hauteur sur sa droite. Une fois de plus, Frédéric II avait été sauvé par ses subordonnés et la valeur de ses troupes. On lui reconnaîtra cependant une plus grande prudence que l’année précédente. S’il avait été battu à Chotusitz, sa retraite n’était point coupée, comme elle l’aurait été à Mollwitz en cas de défaite.

Les Prussiens avaient perdu 128 officiers, 3 946 sous-officiers et hommes de troupe, morts ou blessés ; 18 officiers étaient en outre portés disparus, ainsi que 711 soldats, à quoi s’ajoutent 2 535 chevaux et 12 étendards. Ils avaient fait prisonniers 1 200 hommes et récupéré 17 canons. L’infanterie de l’aile gauche avait subi la majorité des pertes, surtout les IR 24, 11, 27, 17 et 16, ainsi que les régiments de cavalerie. Le corps du roi avait perdu bien moins que celui de Léopold (184 hommes). Les Autrichiens perdirent 154 officiers et 2 808 soldats par mort ou blessure ; 41 officiers et 3 325 soldats furent portés disparus, dont beaucoup étaient passés du côté prussien après la bataille. Les mercenaires changeaient de camp après que le Ciel ait désigné le vainqueur. Le roi écrivit : « Les circonstances de la bataille ont été aussi critiques que celles de Mollwitz, si bien que nous devons remercier la grâce divine de nous avoir accorder la victoire ». Les Autrichiens durent tirer les leçons de cette deuxième défaite. Le 11 juin 1742, la paix de Breslau concluait la première guerre de Silésie. Frédéric II avait accepté une paix séparée, « lâchant » ses alliés franco-bavarois qui allaient connaître un triste sort en Bohême, afin de garder sa précieuse Silésie. La cour de Vienne n’abandonnait pourtant pas ses prétentions ; elle avait juste accepté cette paix comme une occasion de séparer les coalisés. Les hostilités devaient reprendre très vite dès 1744. Frédéric II était lucide, il pensait utiliser ce court répit pour exercer sa cavalerie et améliorer la formation de ses officiers (et la sienne propre !). Les succès de 1745 (Hohenfriedberg, Soor, Kesselsdorf, 3 victoires décisives) devaient couronner les réflexions que le roi de Prusse tira du champ de bataille de Chotusitz. Cette bataille était au fond un grand combat de rencontre. Les deux partis manquaient d’informations et de connaissances du terrain. Le fait que le Prince Leopold n’ait pas occupé la position de la Brslenka a été une dangereuse erreur. La cavalerie prussienne a mieux fait ses preuves en terme de cohésion et de poids dans la bataille qu’à Mollwitz. Le roi a tiré des leçons décisives pour sa tactique de cavalerie de l’attaque de Buddenbrock. Il a retenu l’aile droite de l’infanterie au détriment de la gauche et s’est ainsi consciemment assuré la réserve qui a fait la différence. C’est déjà une esquisse du fameux « ordre oblique », théorisé quelques années plus tard.

(Voir Frédéric II, Histoire de mon temps, chapitre VI : Evènements qui précédèrent la bataille de Chotusitz. Disposition de la bataille. Affaire de Sahay. M. De Belle-Isle vient au camp prussien. Il part pour la Saxe. Pais de Breslau).

L’armée du roi en Bohême était partagée en trois divisions : 16 bataillons et 20 escadrons couvraient le quartier général de Chrudim, 10 bataillons et 20 escadrons aux ordres de M. de Geetze étaient aux environs de Leutomischl, et M. de Kalckstein occupait avec un nombre pareil Kuttenberg. Ces trois corps pouvairnt se joindre en deux fois 24 heures. Il y avait en outre 2 bataillons dans la forteresse de Glatz ; un bataillon gardait les magasins de Koenigingraetz, et 3 autres couvraient les dépôts de Pardubitz, de Podiebrad et de Nimbourg ; de sorte que l’Elbe coulait en ligne parallèle derrière les quartiers des Prussiens, et les magasins étaient distribués de telle sorte, que, de quelque côté que vint l’ennemi, l’armée pouvait se porter à sa rencontre. Le prince d’Anhalt, plus fort qu’il n’était nécessaire, n’ayant point d’ennemi devant lui, garda 18 bataillons et 60 escadrons pour couvrir la haute Silésie, et détacha le général Derschau avec 8 bataillons et 30 escadrons pour renforcer l’armée de Bohême. )

Ordre de bataille prussien

Général en chef, Le roi Frédéric II, Gn (S) 3

Réserve : 1 batterie d’artillerie lourde

Cavalerie de l’aile gauche, lieutenant-général von Waldow Gn (O), 2

- Brigade de 1er ligne du général-major von Bredow (1)

**Rgt de cuirassiers du prince Wilhelm (n°2), 5 escadrons M2

**Rgt de cuirassiers von Bredow (n°11), 5 escadrons M2

*Brigade de seconde ligne du général-major von Werdeck (1)

**Rgt de hussards von Bronikowski (n°1), irréguliers, 4 escadrons M2

Premier corps (Erstes Treffen), du lieutenant-général von Kalckstein Gn (S) 2

De gauche à droite

- Brigade du général lieutenant von Jeetze (1)

**Rgt Prince Moritz (n°22), 2 Bts M2

**Rgt de la Motte (n°17), 1 Bt M2

- Brigade du général major von Lehwaldt (1)

**Rgt de la Motte (n°17), 1 Bt M2

**Rgt von Borcke (n°29) 1 Bt M2

- Brigade du général-major de la Motte-Fouqué (1)

**3 bataillons de grenadiers M3 2 batteries d’artillerie moyenne

Deuxième corps, (Zweites Treffen), général d’infanterie Prince héréditaire Léopold d’Anhalt-Dessau, Gn (S) 2

De gauche à droite

- Brigade du général-major von Wedel (1)

**Rgt von Glasenapp (n°1), 2 Bts M2

**Rgt von Wedell (n°5), 1 Bt M2

- Brigade du gal-major von Borcke (1)

**Rgt von Wedell (n°5), 1 Bt M2

**Rgt von der Marwitz (n°21) 2 Bts M2

- Brigade du Margrave Charles (1)

**Rgt de la Garde (n°15), 1 Bt M4

**Rgt d’Anhalt-Zerbst (n°8), 2 Bts M2 2 batteries d’artillerie moyenne

Cavalerie de l’aile droite, lieutenant-général von Buddenbrock Gn (S) 2

- Brigade de 1ere ligne du général-major von Gessler (1)

**Rgt de cuirassiers Jung Waldow (n°8), 5 escadrons M2

**Rgt de cuirassiers de la Garde (n°13), 4 escadrons M4

- Brigade de seconde ligne du général-major von Rothenburg (1)

**Rgt de dragons von Posadowski (n°1), 4 escadrons M2

**Rgt de hussards von Ziethen (n°2), irréguliers 3 escadrons M2

Ordre de bataille autrichien

Général en chef : Prince Charles de Lorraine Gn (I) 2

Réserve : 1 batterie d’artillerie lourde

Avant-garde : escarmoucheurs non commandés

- Rgt de hussards de Lorraine, irréguliers, 4 escadrons M3

- Rgt de Grenzers Warasdiner, irréguliers 1 Bt M2

Aile gauche : général de cavalerie Graf Hohen-Ems Gn (O) 2

- Brigade de 1ere ligne, Lieutenant général Graf Saint-Ignon (1) (de gauche à droite)

**Rgt de dragons Liechtenstein, 4 escadrons M3

**Rgt de cuirassiers de Würtemberg, 4 escadrons M2

- Brigade de seconde ligne, général major Broichowski (1)

**Rgt de dragons Jung-Modena, 4 escadrons M2

1er corps (Erstes Treffen), Feldmarschall Graf Königsegg Gn (O) 2 (de gauche à droite)

- Brigade de lieutenant général Graf Gaisruck (1)

**Rgt Starhemberg, 2 Bts M2

**Rgt Salm-Salm, 1 Bt M2

- Brigade du lieutenant général Graf von Daun (1)

**3 Bts de grenadier M3

- Brigade du général Wels (1)

**Rgt François de Lorraine, 2 Bts M2

**Rgt Haller (hongrois), 1 Bt M2

2 batteries d’artillerie moyenne (à 3 servants)

2e corps (zweites Treffen), général Feldzeugmeister Baron Thüngen Gn (I) 2

(de gauche à droite)

- Brigade du général Mercy (1)

**Rgt Botta, 2 Bts M2

**Rgt Marschall, 1 Bt M2

- Brigade du général Roth (1)

**3 Bts de grenadiers M3 2 batteries d’artillerie moyenne (à 3 servants)

Aile droite, général de cavalerie prince de Liechtenstein Gn (I) 2

- Brigade du lieutenant général Balayra (1)

**Rgt de dragons Althann, 4 escadrons M2

**Rgt de dragons Saxe-Gotha, 4 escadrons M2

- Brigade du général Birkenfeld (1)

**Rgt de dragons Hohen-Ems, 4 escadrons M2

**Rgt de hussards Esterhazy, irréguliers, 4 escadrons M3


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