GÉNÉRALITÉS
L’infanterie se déployait sur le terrain en bataillon qui regroupait plusieurs compagnies. Selon les nations, chaque compagnie comportait une proportion de piquiers, mousquetaires et grenadiers ou alors chaque bataillons était constitué d’un certain nombre de compagnie de piquiers ou de mousquetaire auquel on ajoutait une compagnie de grenadiers.
Lors du déploiement sur le champ de bataille, les piquiers étaient regroupés au centre de la ligne avec les mousquetaires situés de part et d’autre de la phalange de piquiers qui formait un carré dans lequel venaient se réfugier les mousquetaires quand le bataillon était menacé par des cavaliers adverses.
Les grenadiers pouvaient, soit être répartis aux deux extrémités du bataillon, soit regroupés sur l’un de ses flancs ou encore retiré du dispositif pour être envoyés prendre un élément de terrain ou agir indépendamment du bataillon en étant regroupés à d’autre compagnies de grenadiers pour une action précise mais ponctuelle, comme l’assaut d’une redoute ou d’un bâtiment fortifié durant la bataille.
FORCE ET ORGANISATION DES BATAILLONS
Le nombre de compagnies dans un bataillon, ainsi que leur organisation, étaient spécifique de chaque nation. Néanmoins, la plupart du temps, il y avait une douzaine de compagnie par bataillon dont les effectifs théoriques moyens pour l’époque oscillaient entre 700 et 900 hommes.
Ces effectifs pouvaient varier de manière très significative selon les circonstances et s’éloignaient souvent des valeurs théoriques en raison de plusieurs facteurs :
D’une part la solde étant versée aux officiers qui avaient la charge de la redistribuer aux soldats, ces premiers avaient tendance à surévaluer le nombre des seconds afin de dégager un profit substantiels de leur charge au détriment de l’effectif. D’autre part, le renouvellement des effectifs étant sous la responsabilité directe des officiers de l’unité, ces derniers ne pouvaient s’absenter qu’au moment où leur bataillon prenait ses quartiers d’hiver en saison froide. Les désertions, les pertes par combat ou maladie, n’étaient donc comblées qu’occasionnellement et certaines unités pouvait laisser passer beaucoup de temps entre deux campagnes de recrutement. Le Tsar Pierre Ier, tenta de résorber ce second problème en instaurant un bataillon de garnison par régiment. Ce bataillon ne participait pas aux évolutions du reste du régiment mais restait cantonné dans sa région d’origine. Ses officiers devaient effectuer un recrutement continu dans la campagne environnante tandis que ses soldats devant s’entraînaient dans le but d’intégrer les bataillons combattant du régiments pour combler leur perte. Cette pratique, qui ne vit le jour qu’au début du XVIIIème siècle inspira d’autres armées les années suivante (comme les régiments Impériaux).
TACTIQUES DE l’ INFANTERIE
Les théories actuelles du combat d’infanterie à ces époques, reposent sur une vision anglo-centriste quelque peu erronée qui fait coïncider l’augmentation des effectifs des fantassins avec le développement des tactiques d’infanterie orientées vers un usage prépondérant du feu. Ces théories établissent un rapport de cause à effet entre l’évolution des tactiques vers un emploi exclusif du feu et expliquent l’augmentation de la puissance de feu par l’emploi du fusil. Or, il est vraisemblable de penser que cette évolution n’est pas aussi significative qu’il n’y paraît et qu’elle avait débuté bien avant l’augmentation de la puissance de feu des mousquets :
Au regard des faits militaires directement antérieures à l’époque qui nous concerne on s’aperçoit que les forces d’infanterie étaient plutôt de lourdes unités qui avançaient à portée d’arquebuse ou de mousquet de leur adversaire avant de s’arrêter. Le feu était employé pour le désorganiser mais la charge ne l’était qu’après plusieurs décharges et avait principalement pour but de faire peur à un adversaire ébranlé par les pertes subies au tir et par le désordre ambiant. Ces charges dégénéraient rarement en mêlée généralisée et étaient plutôt élaborées comme une attaque ponctuelle de la phalange adverse elle même conçue comme une forteresse (voir les tercios espagnols). Si l’assaut ratait, les troupes venaient se replier au sein de sa propre phalange et continuaient à tirailler jusqu’à ce qu’une " sortie " d’un des deux camps mette en déroute l’une des deux phalanges privant ainsi l’ensemble des combattants d’un camp d’un point de replie et entraînant à sa suite la totalité des défenseurs de l’unité alors en déroute. L’emploi des piques dans le combat au corps à corps était alors devenu assez rare. On préférait garder en réserve les piquiers qui formaient une sorte de forteresse au sein de laquelle pouvait se réfugier les mousquetaires tiraillant et les soldats partis à l’assaut de l’adversaire.
Les unités d’infanterie étaient alors conçues pour être autonomes sur le champ de bataille. Elles devaient être en mesure de repousser des assaut pouvant provenir de tout côté et de toute arme (cavalerie et infanterie).
Évolution des formations d’infanterie dans le courant du XVIIème siècle
La mise en place d’un nouveau système par Gustave Adolphe dans la première moitié du siècle eut pour principal effet de faire se soutenir les unités entre elles afin de n’avoir plus à se préoccuper de leur défense sur leur arrière voir sur leurs flancs. Ceci eut pour conséquence de rendre les unités plus mobiles car moins profondes et un étalement des unités dans la largeur. Une petite armée pouvait avoir autant de front que les grosses armées d’antan. Le déploiement sur deux lignes pouvaient prévenir d’une rupture de l’armée en son centre. Il devenait alors important de contourner l’un des flancs de ce dispositif. C’est à dire de chercher la limite où une unité n’était plus soutenue par une autre. Il en résultat un effort toujours renouvelé pour étaler son front au maximum. Certains contemporains y virent une correspondance avec les tactiques antiques et cherchèrent dans ses dernières des solutions (CF. Follard au XVIIIème siècle).
L’effet du soutient des unités entre elles eut une autre conséquence. Dans la mesure ou une telle unité ne pouvait rompre l’ordonnancement sans risquer d’exposer l’un de ses côtés mal protégé et initialement soutenu par une autre unité, l’ensemble de ses dernières eurent tendance à n’entreprendre que des mouvements en communs. Il devenait alors très difficile aux officiers de faire mener une attaque commune de l’ensemble de la ligne de bataille qui comprenait alors plusieurs unités (bataillons). Si bien que les unités devinrent de plus en plus statiques sur le terrain et se contentaient souvent de rester l’une en face de l’autre pour tirailler. Ce n’est qu’une fois que l’une d’entre elles avait subit une forte attrition, due pour une part aux pertes mais pour une part encore plus importante à la pression et au désordre, qu’elle commençait à se déliter et par là même a donner confiance à ses adversaires qui y voyaient là une proie effrayée susceptible de craquer à la moindre initiative offensive de leur part. Une simple reprise de l’avance de leur ligne pouvait alors suffire à achever l’effondrement morale de leurs adversaires qui rompaient alors le combat et s’enfuyaient vers leur arrière.
Ces dispositions rendirent moins nécessaire la présence de piquiers et d’hallebardiers au sein de l’unité. Si les seconds ne disparurent que durant la guerre de trente ans des effectifs des bataillons (bien avant la généralisation des baïonnettes donc), les premiers furent néanmoins conservés pour assurer la protection des piétons contres les cavaliers mais leur proportion était désormais assez faible et ne permettait plus de choquer leur adversaires comme jadis les phalanges suisses du siècle précédent.
Avant même l’apparition et la généralisation des fusils à silex (et donc l’augmentation significative de la puissance de feu des bataillons d’infanterie), les piquiers n’étaient plus que cantonnés à un rôle de protection des fantassins contre la cavalerie. Si bien que les tireurs se déployaient alors en une seule ligne continue (de 4 à 8 rangs de profondeur) et les piquiers étaient répartis sur la totalité de cette ligne se contentant de passer devant lorsque l’unité était menacée par les cavaliers adverses. La disposition des tireurs de part et d’autre d’une phalange de piquier étaient néanmoins conservée lors des phases offensives.
PRATIQUES DU FEU D’ INFANTERIE
Dans le dernier quart du XVIIème siècle, les mousquetaires combattaient en profondeur de cinq ou six rangs. Cette profondeur usuelle était dictée en partie en raison des formations de piquiers qui avaient cette profondeur ou étaient plus profonde encore. Une autre raison était que cela permettait, du moins en théorie, un système de feu tournant. Ce système était basé sur un rang qui tirait, trois autres qui étaient prêt et un qui rechargeait. Un rang devait avancer de 3 pas, faire feu, et bouger à l’arrière pour recharger. Cela s’appelait faire feu par rang.
Feu par rangs
Feu par files et par division
Deux autres méthodes employées étaient le feu par " files " et par " division ". Dans le premier cas, deux files (10 hommes) devaient se déployer en avant du corps principal, former une vague ligne, tirer et se retirer. Dans l’autre système, une division, constituant en 4 ou 6 files, devaient suivrent la même procédure. Dans ces deux cas, il est tout à fait claire que ces méthodes perturbaient la formation principale, ne permettaient pas de contrôler le tir et étaient généralement déficientes.
Certaines armées, comme la suédoise et parfois la française, employaient le feu de volée. C’est à dire que le premier rang de tireurs mettait un genou à terre et les deux rangs suivants se décalaient afin que trois rangs puissent tirer en même temps. Cette tactique ne permettait pas un feu continue mais était généralement suivie d’un assaut à l’arme blanche sans prendre la peine de recharger. Des variantes existaient cependant. L’armée suédoise faisait accroupir ses premiers rangs et tirer ses rangs arrière lorsque le bataillon arrivait à une cinquantaine de mètres de l’adversaire. Puis il reprenait son avance et à trente mètres, les premiers rangs tiraient à leur tour. Cette dernière salve était alors suivie d’une charge épée à la main sur un model assez proche des tactiques des janissaires turcs.
LES GRENADIERS
Le sujet des grenades a déjà étaient traités au chapitre précédent. Il reste à noter que les grenadiers étaient, à partir d’un peu avant 1670, organisés dans une compagnie séparée du reste du bataillon dans la plupart des pays. Ils étaient généralement les soldats les plus gros et les plus forts, habillés de manière convenable pour pouvoir lancer leur grenades. Leurs couvre-chefs caractéristiques furent mis en service par soucis de commodité. Les larges chapeaux à frange commun aux mousquetaires gênaient le lanceur. Le couvre chef classique était néanmoins portait par les grenadiers français, mais toutes les autres nation avait dotés les leurs de mitres de formes diverses et variées. Si les grenadiers d’une même unité portaient un couvre chef identique, cela n’était plus valable pour l’ensemble de l’armée où différents types de mitres cohabitaient. Cette coiffe devint l’élément caractéristique de ses unités bien au delà de la suppression de l’emploi de la grenade.
Grenadier français vers 1660
Grenadier Français vers 1690
En plus de la giberne à grenades, ils portaient également des hachettes. Les grenadiers étaient employés sur le champ de bataille dans le rôle qui leur était destiné bien qu’à partir des années 1680 l’emploi des grenades était de plus en plus réservé aux sièges comme durant le reste de la période. Les grenadiers étaient alors reconnus comme étant devenu l’élite du régiment et se plaçaient à la tête de la colonne en marche. Les tâches les plus difficiles et dangereuses incombaient toujours aux grenadiers qui pouvaient également servir de garde rapprochée aux officiers du régiment..

