L’armée du Paraguay au XIX°s (1864-1870), par David Coulon

samedi 2 février 2008 par Nicofig

Le maréchal Fransisco Solano Lopez, président et dictateur du Paraguay (1814-1870) est considéré par son peuple comme un homme brave, et un grand patriote. De nos jours, il est reconnu comme un héros dans son pays natal car il a sacrifié sa vie pour défendre les droits et les libertés de ses compatriotes. Pour les autres, surtout les Argentins et les Brésiliens, ce n’était qu’un homme sanguinaire, mégalomane et dévoré par une ambition démesurée qui entraîna son pays dans un désastre militaire complet. Il est très difficile d’avoir une opinion objective sur l’homme mais il n’était sans doute pas aussi génial ni aussi démoniaque et pervers qu’on a voulu le faire croire. La vérité se situe probablement entre ces deux extrêmes. Une chose est sure, c’est qu’il était aimé, craint et admiré par la grande majorité de ses contemporains et que son règne fut en fin de compte beaucoup moins répressif que ceux qui l’avaient précédé. En 1817, José Gaspar Rodriguez de Francia (dictateur de 1814 à 1840) devint dictateur à vie et le Paraguay durant cette période se replia complètement sur lui-même. A la mort du dictateur en 1840, Carlos Antonio Lopez surnommé El Ciudadano (le Citoyen) prit le pouvoir (1840-1862) et décida de mener une politique d’ouverture et de modernisation. Il entretint des relations diplomatiques avec les puissances occidentales, surtout la Grande-Bretagne qui restait un partenaire économique privilégié. Il fit appel à des ingénieurs britanniques pour construire des usines modernes et envoya son fils aîné, Fransisco étudier en Europe pour parfaire sa formation de futur chef d’Etat. Il continua la politique autoritaire et répressive de Francia mais il épargna les indigènes et les populations métissées contrairement aux familles de souches espagnoles qui durent se résoudre à quitter le pays pour s’installer à Buenos Aires. A sa mort en 1862 le Paraguay était l’un des Etats les plus modernes et les puissants d’Amérique du Sud. Son fils, Fransisco, admirateur inconditionnel de Napoléon Bonaparte hérita d’un Etat riche mais il voulut accentuer la modernisation commencée par son défunt père et fit construire une voie ferrée (dont la vocation était essentiellement militaire) qui reliait Asuncion et Cerro Leon. Il sillonna le pays de lignes télégraphiques, fonda de nombreux chantiers naval militaire, construisit des théâtres, un nouveau palais présidentiel et avec l’aide de son amie irlandaise Elisa Lynch développa la culture occidentale chez ses concitoyens les plus aisés. La principale faiblesse de Fransisco Lopez fut sa naïveté et son manque de maturité en matière de politique. Ses relations avec les puissances Européennes (France, Grande-Bretagne) furent assez mauvaises parce que maladroites. Convaincu d’être l’homme le plus puissant et le plus doué d’Amérique du Sud, Lopez ne tarda pas à entrer en conflit avec ses voisins : l’Argentine et le Brésil.

L’armée du Paraguay au début de la guerre de la Triple Alliance (1864-1870) était composée de 50.000 soldats. Les meilleurs recrues servaient dans la cavalerie ou l’artillerie que Lopez considéraient comme des armes de premières importances. Le régiment de cavalerie se composait de quatre escadrons de 100 cavaliers chacun. L’armement était classique et était constitué du sabre ou d’une machette. Un escadron était équipée de carabines à silex, les trois autres de grandes lances. L’escorte gouvernementale, forte de 250 cavaliers, était équipée de la carabine Turner à chargement par la culasse et les dragons de carabines à chargement par le canon. Surnommé, les « Têtes de singes » en raison de leur couvre chef en cuir garni d’une plaque en cuivre sur laquelle un singe était représenté. Ils portaient une tunique de couleur écarlate, un pantalon bleu et parfois de grandes bottes noires. Le reste de la cavalerie portait des petites chemises rouges, des pantalons bleus ou blancs et était pieds-nus. Les Dragons avaient un uniforme identique et une cape sans ornement. Les chevaux étaient de très mauvaises qualités et la plupart d’entre eux mourraient de maladie. De ce fait, de nombreuses unités de cavalerie étaient obligées de combattre à pied. Il y avait trois régiments d’artillerie à cheval composé de 24 canons de 4 livres répartis en 4 batteries. La rareté des chevaux obligeait les soldats à utiliser des bœufs ou des hommes pour tirer les canons ce qui faisait de l’artillerie une arme extrêmement lente. Il y avait également une batterie de 12 livres et le calibre des canons variait entre 2 et 32 livres et toutes ces pièces (200) étaient de très médiocre qualité et certains canons servaient même d’objets décoratifs dans les rues de Montevideo ! L’artillerie lourde était placée dans des forteresses telles que Humatia et Angostura et comprenait 24 pièces de 56 livres et une centaine de 24 à 36 livres. Les servants avaient été entraînés comme l’infanterie ou la cavalerie (pour l’artillerie à cheval) et ils étaient de bonne qualité. L’infanterie était regroupée en bataillon divisé en six compagnies. Il y avait une compagnie de grenadiers et une de chasseurs dans chaque bataillon. Au début de la guerre (1864), de nombreuses unités se composaient de 120 soldats et neuf compagnies formaient un bataillon mais les maladies et les pertes réduisirent considérablement la taille des compagnies. Trois bataillons étaient équipés de fusils Witton. Trois ou quatre bataillons possédaient des fusils à canon lisse. Le reste de l’infanterie était équipée de piques, de lances et de machettes. Au fur et à mesure que la guerre progressait, les troupes s’équipèrent avec des armes prises à l’ennemi (Fusils Minié ou Enfield) mais l’armement traditionnel perdura pendant toute la durée du conflit. L’uniforme de l’infanterie et de l’artillerie consistait en une chemise, un pantalon et un ceinturon blanc. Les hommes de troupes ne portaient pas de chaussures et leur couvre-chef était un képi en cuir. Au fur et à mesure que la guerre durait, les soldats s’équipèrent comme ils le purent et empruntèrent souvent les uniformes et les armes des ennemies. Certaines troupes portaient le chiripiya (une espèce de kilt) qui était de couleurs très variés. L’unité la plus originale de l’armée paragueyenne était celle du Corps des Canoës, composée de volontaires aguerris et utilisée pour faire des raids contre les positions ennemies situées le long des rivières. Ils réussirent souvent au cours de la guerre à détruire ou à capturer des navires Brésiliens.

Le drapeau du Paraguay, rouge, blanc et bleu adopté en 1842 sur lequel on pouvait lire : « Republico del Parguay. Vencer o morir » semble avoir été l’unique étendard des troupes. La flotte était composée de 17 petits bateaux à vapeur, dont deux seulement dépassaient les 200 tonnes. L’Anambaii et le Tacuarii avaient été construits comme des vaisseaux de guerre, les autres n’étaient que des navires marchands transformés. La plupart des navires étaient équipés de vieux canons dont les calibres variaient de 4 à 32 livres. Ces navires étaient toujours accompagnés de vaisseaux plus petits et très rapides ressemblant à des galères ( Chatas) et équipés d’un canon de 8 livres. Ils causèrent des pertes importantes aux flotilles brésiliennes avaient le plus grand mal à les envoyer par le fond en raison de leur artillerie plus que médiocre. Les marins étaient armés du fusil Witton et de machettes. Le 6e bataillon d’infanterie faisait office de troupes de marine et était chargé d’aider les marins durant les combats. Le colonel uruguayen Léon Palleja considérait le soldat Paraguayen comme un soldat « de premier ordre (…) qui n’avait pas été amolli par les vices et le confort mais renforcé dans son ardeur au combat par la misère, la pauvreté et la souffrance. » Le soldat paraguayen était brave jusqu’au sacrifice suprême et il n’y eut pratiquement pas de désertions tout au long de la guerre.


Accueil du site | Contact | Plan du site | Espace privé | Statistiques | visites : 257372

Site réalisé avec SPIP 1.9.2a + ALTERNATIVES

     RSS fr RSSColonfig RSSArmées et OdB   ?

Creative Commons License