Anthony William Durnford, par David Coulon

samedi 2 février 2008 par Nicofig

Anthony William Durnford naquit en Irlande en 1830 d’une famille de militaire, dont la plupart des fils avaient fait carrière dans la glorieuse armée de sa majesté. A l’âge de 18 ans, il fut envoyé en Allemagne pour étudier puis après un bref séjour à la Royal Military Academy de Woolwich, il fut affecté comme second lieutenant dans le corps des ingénieurs royaux où son père avait autrefois servi comme capitaine. Il passa quelques années en Angleterre et en Ecosse puis, en 1851, il fut transféré au fort de Trincomalee à Ceylan. C’était une affectation ennuyeuse et sans espoir de promotion rapide mais les colonies manquaient cruellement d’ingénieurs compétents et Durnford fut rapidement nommé commissaire assistant pour les routes et ingénieur civil de Ceylan. Il avait tendance à agir sans réfléchir aux conséquences. C’était un joueur et un perdant invétéré. Marié très jeune à la fille de son ancien lieutenant-colonel, il quitta Ceylan en 1856 et pendant une année, il occupa toute une série de postes à Malte, en Angleterre, à Gibraltar et revint à la fin de 1856 en Angleterre. Il ne participa pas à la guerre de Crimée, ni à celle contre les Cipayes ce qui le rendit assez amer et surtout impatient d’en découdre. Il eut un garçon qui naquit à Ceylan mais mourut à Malte, puis une fille qui naquit à Malte en 1857 et une autre qui vit le jour en Angleterre en 1859 mais décéda l’année suivante. Pendant son séjour à Gibraltar, Durnford jouait comme un beau diable et lorsqu’il revint en Angleterre en 1864, sa femme s’était consolée ailleurs et cela fit scandale. Le divorce était hors de question, et Durnford évita les problèmes en demandant une mutation le plus loin possible de l ‘Angleterre, pendant que sa famille s’occuperait de sa fille. Il fut envoyé en Chine en 1865 mais il tomba malade durant le voyage et dut regagner l’Angleterre où il resta cinq ans. Durant cette période, il effectua de petits travaux et faillit même perdre la vie dans un accident de chemin de fer en 1871. Cette même année, à 41 ans, le capitaine Durnford arriva au Cape et en 1872, promu commandant, il fut affecté au Natal où il accompagna Shepstone, secrétaire aux affaires indigènes, dans le zoulouland à l’occasion d’une mission diplomatique. Il fut enchanté par la région, et les lettres qu’il envoya à sa famille furent enthousiastes. Sa famille était bien connue au Natal parce que son père était major-général et son frère Edouard Congreve Langley Durnford était capitaine dans l’artillerie de marine. Il avait également un oncle colonel à la retraite, qui avait commandé le 27e régiment de grenadiers et avait autrefois sauvé la vie du capitaine Smith attaqué par les Boers de Prétorius. Durnford appréciait énormément les colons ainsi que le peuple Bantu et il s’intégra rapidement. A la fin de 1873, le commandant Durnford participa en tant que chef d’etat-major, à l’expédition contre les Amahlubi et leur chef Langalibalele.

Langalibele

Le lieutenant colonel Milles, qui dirigeait les opérations, décida de diviser ses forces en deux groupes : l’un composé de 500 indigènes du Natal et l’autre dirigé par Durnford, composé de 25 cavaliers batlokwa et de 55 volontaires européens. La mission de Durnford consistait à bloquer la route aux Amahlubi près de Bushman’s Pass. Ses cavaliers Batlokwa étaient commandés par un jeune chef du nom de Hlubi, et seulement 17 d’entre eux possédaient un fusil. Ignorant la langue de ce peuple, Durnford était assisté d’un interprète Elijah Kambula mais il traita les Batlokwa comme de véritables soldats et non comme des indigènes ce qu’ils apprécièrent beaucoup. Le groupe des volontaires européens était constitué des cavaliers de Richmond et des carabiniers du Natal menés par le capitaine Charles Barter. Ils étaient tous équipés de carabines à culasse dernier modèle. Pendant qu’il faisait l’ascension des monts du Drakensberg pour se rendre vers la passe du Grand Château, Durnford eut un accident de cheval qui le blessa très gravement à la tête, lui cassa deux côtes et rendit son bras gauche inutilisable. L’expédition devait normalement s’arrêter là, mais Durnford décida de continuer et de montrer l’exemple. Il se leva au crépuscule et gravit le sentier qui menait à la passe. Vers quatre heures du matin, il reçut des nouvelles de l’un de ses éclaireurs Batlokwa qu’il avait envoyé pour inspecter la passe et apparemment tout semblait tranquille et désert.

Lorsqu’il parvint à la passe, Durnford aperçut une centaine de têtes de bétail, gardées par quelques indigènes armés de fusils. Il les aida à la franchir mais parvenu de l’autre côté, il se trouva nez à nez avec des guerriers Amahlubis qui visiblement n’avaient aucunement l’intention de le laisser continuer. Les indigènes ouvrirent le feu sur sa petite troupe, blessèrent mortellement deux volontaires, Bond et Potterill, tuèrent d’une balle dans la tête le jeune chef Elijah Kambula et Durnford fut touché au bras à l’épaule par un vigoureux coup de lance. Il se saisit de son pistolet et abattit deux guerriers qui fonçaient sur lui pour l’achever puis il donna l’ordre de se replier mais les Amahlubi se lancèrent à sa poursuite. Il réussit à atteindre son campement sain et sauf aux alentours de minuit mais un nerf de son épaule avait été sectionné par le coup d’assegaï et il avait définitivement perdu l’usage de son bras gauche. Il venait de subir une défaite des plus graves car elle pouvait compromettre sa carrière. Le chef Langalibalele s’était enfui et il pouvait espérer, auréolé par sa victoire, rassembler les 300.000 noirs du Natal pour chasser les Européens. L’administration et les responsables de la colonie du Natal cherchèrent un bouc émissaire et Durnford faisait parfaitement l’affaire. Il n’était pas resté assez longtemps dans la colonie pour se faire des amis et son rapport favorable aux troupes indigènes lui avait aliéné de nombreux colons. Seuls l’évêque John Colenso et le directeur du journal « Natal Colonist », Sanderson allaient défendre sa cause. Dégouté de l’opinion de ses compatriotes à son égard, Durnford se rendit à Pietermaritzburg et emmenant avec lui une troupe de cavaliers retourna à Bushman’s Pass afin de voir si les indigènes l’occupaient encore. Il ne vit personne. Il brûla les corps de ses cinq compagnons tombés au cours de l’engagement et revint à Pietermaritzburg. La plupart des journaux de la colonie critiquaient Durnford et certains relatèrent des atrocités commises durant cette campagne à l’encontre des prisonniers Amahlubi. L’évêque Colenso interrogea Durnford à ce sujet et ce dernier répondit qu’il déplorait ces actes mais qu’effectivement dans certaines circonstances, ils avaient bien été commis. Pendant ce temps, le chef Langalibalele avait été capturé et en janvier 1874, chargé de chaînes, il fut ramené à Pietermaritzburg. Accusé de meurtres, de trahison et de rébellion, il fut condamné à la prison à vie dans l’île de Robben. Nommé lieutenant-colonel, Durnford qui n’était plus la cible des journaux, trouva l’ambiance de Pietermaritzburg si détestable qu’il préféra s’installer au fort Napier situé à l’extérieur de la ville. Sa réputation militaire était sauve mais la population du Natal n’allait pas oublier de si tôt ce qu’il avait fait. La « bonne société » bouda sa compagnie et son chien préféré fut même empoisonné. L’armée lui octroya une pension d’invalidité de 100 livres qu’il ne perçut jamais. La situation familiale contribua également beaucoup à son isolement. Il n’avait pas de nouvelles de sa femme depuis des années, sa fille de 16 ans était élevée par sa famille et il entretenait une liaison secrète avec la belle Frances Ellen Colenso, nièce de son ami l’évêque et de 20 ans sa cadette. En juin 1876, Durnford retourna en Angleterre pour faire soigner son bras et revoir sa fille à Wildbad mais l’Afrique lui manquait et il reprit un navire en partance pour le Natal où il arriva au mois de mars 1876. Lorsque la situation avec la royaume zoulou de Cetshwayo se dégrada en 1878, Durnford proposa au nouveau commandant en chef Frédéric Chelmsford de lever 7.000 indigènes du Natal commandés par des officiers européens. Mais Chelmsford n’appréciait guère le fait de donner des armes aux indigènes et craignait de voir la population blanche exprimer son mécontentement à l’encontre de ce projet assez risqué. Mais, le besoin de plus en plus pressant de soldats contraignit le lieutenant-général à accepter cette solution et en novembre 1878, un contingent d’indigènes du Natal fut créé (NNC). L’état-major de Chelmsford conseilla au général de ne pas confier autant de troupes à un ingénieur qui n’était même pas colonel (son brevet ne fut officiel qu’en décembre) et qui n’avait jamais commandé une force aussi considérable. Chelmsford divisa alors le NNC en trois régiments indépendants les uns des autres. Il confia à Durnford le commandement du 1e régiment avec trois bataillons de 1.000 indigènes chacun. Les deux autres régiments furent confiés aux commandants Shapland Graves et Rupert de la Tour Lonsdale. Durnford voulait que les indigènes reçoivent un uniforme et une arme à feu mais on ne leur donna qu’un simple bandeau de couleur rouge afin de les distinguer des Zoulous et seulement un fusil avec cinq cartouches pour 10 hommes . Les autres n’avaient que des assegais et des boucliers. On tenta de leur donner les rudiments d’une instruction militaire mais ils étaient incapables de se mettre en ligne et de tirer en salve. Même leurs officiers évitaient de se trouver trop près d’eux lorsqu’ils utilisaient leurs armes à feu de peur de se faire tuer accidentellement.

Le régiment de Durnford contrairement aux deux autres était beaucoup mieux entraîné et il connaissait le nom de chacun de ses hommes qui avaient une grande confiance en lui. Il avait choisi ses officiers avec soin exigeant d’eux compétence, dévouement et professionnalisme. A la fin du mois de janvier 1879, ses hommes savaient manœuvrer et tirer tous ensemble. Durnford organisa également un régiment d’infanterie composé de 270 indigènes choisis parmis les meilleurs de sa troupe et les répartit en trois compagnies. Les cavaliers batlokwa, qui s’étaient battus avec lui à Bushman’s Pass rejoignèrent sa troupe (150 Sikalis, 50 Jantji, 75 Mafunzi) et constituèrent ainsi une petite force de cavalerie. Ces hommes étaient tous chrétiens et tous les matins lorsque les autres soldats dormaient encore, ils faisaient les corvées habituelles puis chantaient des hymnes. En janvier 1879, la guerre commençait et Durnford, avec le 1e régiment de NNC, les Sikalis et une section de roquettes fut envoyé vers la rivière Tugela près de Middle Drift. Il croyait participer à l’invasion du zoulouland mais Chelmsford préféra le laisser en arrière parce que les troupes qu’il commandait n’étaient pas assez nombreuses pour faire face à une attaque importante. Il lui donna l’ordre d’envoyer un bataillon à Umsinga et avec le reste de ses hommes, il devait se rendre à Rorke’s Drift afin de rejoindre la colonne du colonel Glyn où Chelmsford pourrait le surveiller plus aisément. Durnford était intelligent et agressif mais ses supérieurs n’avaient pas confiance en lui parce qu’il désobéissait souvent à leurs ordres et Chelmsford qui ne l’aimait pas, ne voulait pas lui donner trop de responsabilités parce qu’il avait une fâcheuse tendance à outrepasser ses ordres. Durnford resta pendant plusieurs jours à Rorke’s Drift et le 22 janvier 1879, on lui donna l’ordre de rejoindre le lieutenant-colonel Pulleine à Isandhlwana. Il parvint au campement dans la matinée du 22 avec 250 cavaliers, 300 fantassins indigènes et une batterie de roquettes. De sa propre initiative, il prit aussitôt le commandement du camp parce qu’il était le plus ancien gradé. Il suggéra à Pulleine de mettre les hommes au repos puis se mit à table pour prendre son petit-déjeuner. Aux alentours de 11 heures, le lieutenant James Adendorff, arriva au camp pour les prévenir qu’un impi avait été aperçu sur le plateau mais son rapport était si confus que les deux commandants décidèrent d’envoyer un autre éclaireur pour vérifier ces informations. Pendant qu’il attendait son rapport, Durnford donna l’ordre aux lieutenants Raw et Roberts d’emmener leurs cavaliers pour inspecter le plateau. Il désobéissait aux ordres de Chelmsford qui ne voulait pas attaquer mais seulement défendre le campement et il ne fallait en aucun cas chercher l’engagement avec les troupes zouloues. Durnford avait aperçu des Zoulous au sommet du plateau qui retraitaient vers l’est et de ce fait menaçaient l’arrière de Chelmsford. Pour éviter cela, il décida de les empêcher de rejoindre l’impi principal et de les chasser du plateau pour les prendre en tenaille. Ce plan était bien fait mais il était basé sur une estimation complètement fausse du nombre de zoulous qui se trouvaient au sommet du plateau. Au lieu des 6.000 guerriers c’était l’impi principal composé de 20.000 combattants qu’il avait reperé lui et ses éclaireurs. Aussitôt que l’impi aperçut Durnford et ses hommes, il fonça vers lui et le campement. Durnford qui avait fait démonter ses hommes dans un donga à quelques centaines de mètres en avant du camp dut se replier après avoir effectué quelques tirs meurtriers mais insuffisants pour stopper l’ énorme vague noire qui déferlait sur lui. Au corps à corps, ses hommes étaient surclassés parce qu’ils n’avaient pas de baïonnettes. Après une heure de combat, toute défense organisée avait cessé d’exister et chacun tentait de sauver sa vie. Durnford organisa un réduit défensif près des chariots avec les 70 hommes qui s’y trouvaient et qui tiraient comme des beaux diables mais les Zoulous continuaient leur progression. Finalement Durnford fut massacré avec le reste de ses soldats. Sur 1.800 combattants, il y eut 950 européens et 850 indigènes du Natal tués dans la bataille. Quelques semaines après cet affrontement, il fallait trouver un bouc-émissaire et Durnford cette fois encore semblait convenir parfaitement. Pour Chelmsford, il avait laissé suffisamment de troupes pour défendre le campement et c’était la faute de Durnford si l’impi principal l’avait attaqué. Le colonel avait emmené avec lui une partie non négligeable des troupes et lorsque les Zoulous commencèrent leurs attaques, Pulleine n’avait pas un effectif au complet.

La famille de Durnford et celle des Colenso accusèrent Chelmsford de négligence car le site du campement avait été mal choisi et il n’était pas défendu par un cercle de chariots. De toute façon, Durnford ne pouvait pas être responsable de la défaite, car personne ne pouvait prévoir que les 20.000 guerriers zoulous se trouveraient derrière la colonne principale et attaqueraient Isandhlawana ce matin du 22 janvier.


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