Les Hypaspistes d’Alexandre le Grand, article de David Coulon

dimanche 15 avril 2007 par Nicofig

Les hypaspistes étaient considérés comme les meilleurs fantassins macédoniens à l’époque d’Alexandre III (338-323 av-JC) et ils sont cités 28 fois par Arrien (95-175 ap-JC). Paradoxalement, on ne sait pas grand chose sur eux et il existe beaucoup de théories qui sont difficilement vérifiables. La principale raison pour laquelle nous avons des informations lacunaires vient surtout du fait que la plupart des écrivains grecs contemporains ne se sont pas vraiment intéressés à l’aspect militaire des campagnes d’Alexandre le Grand et ont préféré n’en retenir que les aspects héroïques et parfois légendaires et les écrivains macédoniens n’ont pas jugé nécessaire de décrire l’armée de leur pays dans le détail puisque son organisation était connue par le peuple de Macédoine. Tout d’abord on peut se demander quelle est l’origine des hypaspistes ? Le terme hypaspiste n’est pas courant chez les Grecs, à l’exception d’Arrien, et il signifie littéralement « porteur de bouclier » ou encore « écuyer ».

Certains historiens ont cru qu’il s’agissait alors de serviteurs qui occasionnellement était regroupés pour former une unité de combat. Cette hypothèse est assurément fausse car les hypaspistes étaient recrutés dans la même catégorie sociale si l’on peut dire que les Pézéthaires de la phalange qui étaient pour la plupart des paysans macédoniens tandis que la petite noblesse, auquel Philippe II avait donné des terres, servait dans la cavalerie des compagnons. A la différence des pézéthaires qui étaient recrutés et qui servaient par tribu, les hypaspistes servaient tous dans le même corps de troupe, quelle que soit leur origine locale et seule la fidélité au souverain constituait le ciment d’une unité composée d’éléments aussi disparates. Le premier monarque macédonien qui créa les hypaspistes fut vraisemblablement Philippe II aux alentours de 356 av-JC. Lorsque son fils Alexandre III monta sur le trône en 336, cette unité spéciale était de création récente comparativement aux autres troupes de l’armée macédonienne. Il est possible de croire que Philippe II leur donna volontairement le nom d’hypaspiste pour ne pas faire référence à la garde personnelle des tyrans de Grèce qu’on appelait les doryphores littéralement « les gardes du corps ». Il y a aussi une autre explication possible. Arrien est le seul historien qui utilise le mot « hypaspiste », tandis que les autres comme Plutarque, Diodore, Curtius et Justin font référence aux hypaspistes en employant les termes grecs de « doryphore » ou de somatophylaque qui signifie également « garde du corps » ou latin de armigeri et custodes corporis. Ce terme d’hypaspiste a donc dû être pris directement chez Ptolémée qui est la principale source militaire et administrative d’Arrien. Les écrivains grecs contemporains préféraient traduire par des termes tels que doryphores ou somatophylaques qui désignaient les gardes du corps du souverain.

De quelles façons étaient-ils équipés ? On n’ignore ce que fut vraiment leur équipement car il n’y a rien de précis dans les sources. Une hypothèse qui a longtemps prévalu c’est que les hypaspistes étaient plus légèrement armés que leurs compatriotes de la phalange. On se basait surtout sur des pièces de monnaies représentant un soldat (vraisemblablement un hypaspiste) portant une tunique de lin appelée chiton (citèn), un chapeau macédonien à larges bords appelé causia (kaus...a) et qui tenait une grande lance dans les mains. On sait d’après Arrien (IV.3.2) qu’Alexandre utilisa ses hypaspistes en Asie pour des expéditions lointaines accompagnés de javeliniers Agrianiens et qu’il laissa les hommes de la phalange en arrière. Pourtant les hypaspistes n’étaient pas équipés différemment des soldats de la phalange. Les seules choses qui pouvaient les différencier, c’était l’histoire de cette « unité » et son recrutement. Pourquoi dans ce cas Alexandre se servit-il davantage des hypaspistes en certaines occasions ? Parce que ces soldats avaient un véritable esprit de corps, ils étaient mieux entraînés que les phalangistes et surtout plus dévoué à leur souverain. Les hypaspistes étaient bien évidemment mieux armés et protégés que les javeliniers Thraces ou Agrianiens mais il ne faut pas comprendre qu’ils étaient équipés comme des hoplites. La cuirasse (qèrax) n’était réservée qu’aux officiers. Le simple soldat portait une sarrisse, une épée courte un bouclier, un casque, des cnémides et un vêtement de cuir ou de feutre qui protégeait le ventre et le bas-ventre . L’organisation du corps des hypaspistes ne nous est pas bien connue et l’effectif de 3.000 soldats qu’on lui attribue ordinairement n’est pas attesté avec précision par les sources. On sait qu’à la bataille d’Issus, les hypaspistes occupent le même front que deux « bataillons » (t£xeij) de la phalange. L’historien Allemand H. Berve dans son étude prosopographique sur le règne d’Alexandre (Das Alexanderreich auf prosopographischer Grundlage) paru à Munich en 1926 pensait qu’il y avait trois types d’hypaspistes : Les hypaspistes royaux ou gardes du corps, le corps des hypaspistes proprement dit et après 327 une unité d’élite connue sous le nom d’Argyraspides. Quel était leur effectif ? Il est difficile de le savoir mais on peut formuler quelques hypothèses. 1) Les hypaspistes étaient composés d’unités de 500 hommes ou pentacosiarchies, dont l’une portait le nom d’agéma 2) Les hypaspistes étaient organisés en trois unités de 1000 hommes ou chiliarchies. Ce sont deux passages des écrivains Curtius et Diodore qui nous renseignent le mieux. Le premier relate en effet qu’à la fin de l’année 331 lorsque l’armée macédonienne se trouvait à proximité de la cité de Suse certains soldats au nombre de huit (désormais appelés chiliarque) considérés comme les plus braves furent récompensés par des juges désignés par Alexandre et reçurent le commandement de 1.000 combattants. Quant à Diodore, il écrivit (XIX. 28. 1) qu’en 318, les Hypaspistes qu’on appelait désormais Argyraspides n’excédaient pas le nombre de 3.000 hommes. Probablement qu’Alexandre trouva que des unités de 500 fantassins étaient trop faibles numériquement pour agir seule et qu’il voulut augmenter l’effectif pour cette raison. Peut-être voulut-il également diminuer l’influence de l’archihypaspiste Nicanor, fils de Parménion et son ennemi juré en promouvant aux postes de chiliarque des hommes qui lui étaient entièrement dévoués. Séleucos, le futur diadoque finira par prendre la place de Nicanor une fois celui-ci exécuté pour trahison, Néarque de Crète fut sans doute le second chiliarque et Néoptolème fut nommé archihypaspiste après le décès de son souverain en 323. Les hypaspistes étaient certainement organisés sur le même modèle que les unités de l’armée macédonienne.

Le tableau ci-dessous permet de comparer les similitudes entre la chaîne de commandement d’un « bataillon » de la phalange et une chiliarchie d’hypaspistes :

HYPASPISTE/CHILIARCHIE EFFECTIF PHALANGE/TAXIS
1 ChiliarqueEntre 1.000 et 1.500 hommes1 Stratège
2 PentacosiarquesEnviron 500 hommes chacune3 Pentacosiarques
4 LochagiEnviron 250 hommes chacune6 Lochagi
8 TetrarchaeEnviron 125 hommes chacune12 Tetrarchae
Environ 65 Decadarchae16 hommes chacune95 Decadarchae

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